Du côté de chez Pou

Ca faisait très longtemps que je n’avais pas publié sur ce blog. Et bien, apprenez que j’ai dorénavant une chaîne youtube. Ca s’appelle Du côté de chez Pou et il y aura plusieurs choses en ligne dessus. Tout d’abord, ce sera principalement une chaîne de vidéo booktube, c’est-à-dire une chaîne littéraire, pour me permettre de partager mes lectures et ma passion de la littérature. Ensuite, il y en a déjà, ce sera une chaîne d’ASMR. Si vous ne connaissez pas, l’ASMR est une technique de relaxation visant à déclencher une sensation picotements dans le crâne et dans la nuque et le dos grâce à des sons doux, des chuchotements, etc. Enfin, quand je maîtriserai un peu mieux le ukulélé, ce sera aussi une chaîne de covers. Les trois grands domaines de vidéos différents de ma chaîne seront regroupés en playlists, il existe donc déjà une playlist Booktube et une playlist ASMR.

Je vous laisse ici le lien vers ma chaîne :   https://www.youtube.com/channel/UCc86U39mMhN4cQBCHfUpkuw

Et des exemples de vidéo :

Le Tour du monde en 80 livres | Japon | Mes premiers mangas :  https://www.youtube.com/watch?v=T77Se32WuSg

un Update Lecture | Huis-clos entre mères et filles :  https://www.youtube.com/watch?v=aaGtTwGfUjo

Et une lecture chuchotée d’ASMR, La petite sirène :  https://www.youtube.com/watch?v=80XzKWl9FPQ

 

[TW] Bien connaître le consentement pour savoir reconnaître un viol dans une fiction.

En troisième année, en cours de litté comparée, on a étudié, entre autres, Disgrâce de J.M. Coetzee. J’avais commencé à le lire avant le début des cours, et j’avais été bouleversée par une scène de viol dès le troisième chapitre. Mais j’ai été encore plus surprise de voir que ça n’avait pas bouleversé les autres membres de ma promo. Quand on a évoqué cette scène en cours, la prof a dit que certain.es y lisaient un viol mais que c’était discutable, et une écrasante majorité de la promo a été surprise à son tour de découvrir qu’on pouvait comprendre cette scène comme étant un viol.

J’ai réalisé avec ce passage de ce bouquin que la notion de consentement n’était pas claire pour les gens de ma promo. J’aimerais bien réexpliquer ce que c’est et pourquoi dans cette scène il n’y avait pas consentement, parce que savoir reconnaître un viol, c’est important. Trigger warning : je cite explicitement des passages, ça peut être dur à lire.

En fait je ne vais pas expliquer ce qu’est le consentement parce que cette vidéo [LIEN] le fait mieux que je ne le ferais. S’il vous plaît prenez le temps de la regarder, c’est important, et ce n’est que 3 minutes.

Dans le roman, un prof d’université est attiré par une de ses étudiantes et finit par coucher avec elle, non sans la stalker pour trouver son adresse. Elle lui dit explicitement qu’elle ne veut pas qu’il vienne chez elle car elle vit avec sa famille. Dans la scène qui m’intéresse, il va chez elle sans être invité.

Il ne l’a pas prévenue ; elle est trop surprise pour résister à cet intrus qui se jette sur elle. Quand il la prend dans ses bras, elle se désarticule comme une marionnette. […] « Non, pas maintenant, dit-elle en se débattant, ma cousine va rentrer. »

Mais rien ne pourra l’arrêter.

Il a déjà outrepassé son interdiction de venir chez elle, et là, elle lui dit clairement non. Si elle se « laisse faire » jusqu’ici, c’est par surprise, pas parce qu’elle est consentante.

Il la porte jusqu’à la chambre. […]

Elle ne résiste pas. Elle se contente de se détourner : elle détourne les lèvres, elle détourne les yeux. Elle le laisse l’étendre et la déshabiller […] dès qu’elle est nue, elle se glisse sous la couette comme une taupe qui creuse la terre et lui tourne le dos.

Ce n’est pas un viol, pas tout à fait, mais sans désir, sans le moindre désir au plus profond de son être. Comme si elle avait décidé de n’être qu’une chiffe, de faire la morte au fin fond d’elle-même le temps que cela dure, comme un lapin lorsque les mâchoires du renard se referment sur son col. De sorte que tout ce qu’on lui fait se ferait, pour ainsi dire, loin d’elle.

Peu importe si les personnages ont déjà couché ensemble plus tôt dans le roman. Avoir dit oui une fois ne donne pas le consentement pour toujours, on peut le retirer à tout moment. Dans ce cas-là, elle ne lui a pas donné du tout. C’est explicitement dit qu’elle n’a aucun désir. Elle se sent comme morte, elle est comparée deux fois à un petit animal, elle est une proie. Ce n’est pas un rapport sexuel où tout se passe bien.

Oui, elle se « laisse faire ». Mais ce n’est pas parce qu’il n’a pas à la menacer physiquement que c’en est moins un viol. Si elle se laisse faire c’est peut-être aussi parce qu’elle est en état de choc. Quand on est face à une situation dangereuse, le cerveau produit de l’adrénaline. Pendant un viol, la quantité d’adrénaline que produirait le cerveau serait trop importante et provoquerait l’arrêt cardiaque, du coup le cerveau se met en état de choc et ne produit pas d’adrénaline ce qui empêche la personne d’avoir une quelconque réaction. Donc la victime se laisse faire. Parce que son cerveau est tout simplement off, sinon elle en mourrait.

En ce qui concerne la phrase « Ce n’est pas un viol » quand je l’ai lue pour la première fois je l’ai interprétée comme le point de vue du violeur qui essaie de s’auto-persuader que ce qu’il fait n’est pas mal, mais je ne l’ai pas du tout interprétée comme le point de vue externe et factuel du narrateur.

Elle a dit explicitement non au début de la scène, elle n’a aucun désir, elle se sent morte, j’espère que c’est assez clair pour vous maintenant que c’est bel et bien un viol.

C’est important selon moi de reconnaître les viols dans les fictions car il est important de les reconnaître dans la vraie vie : beaucoup trop de victimes ne sont pas crues. Beaucoup d’histoires de viols ne sont pas perçues comme telles parce qu’elles ne remplissent pas les critères attendus par les personnes qui ont une vision du viol stéréotypé : parce qu’il n’est pas commis par un.e inconnu.e (pour rappel, seulement 10% des violeurs.ses sont des inconnu.es), parce que la victime ne s’est pas (trop) débattu.e, parce que lea coupable n’a pas eu besoin de menace physique, etc. En réalité le SEUL critère pour déterminer si il y a viol ou pas c’est l’absence de consentement.

 

Black-Out de Sam Mills

Vers 15 ans j’avais essayé de lire ce bouquin, Black-Out de Sam Mills et j’avais arrêté au bout de quelques pages. J’ai réessayé récemment, et j’ai trouvé ce bouquin chouette.

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C’est un roman jeunesse dont voici le synopsis :

Stefan, seize ans, vit avec son père, libraire, dans une Angleterre qui a bien changé : des attentats terroristes ont conduit l’Etat à une politique sécuritaire effrayante. Sous prétexte de protéger les citoyens, le gouvernement les contrôle en permanence, les privant de toutes leurs libertés. Les livres sont les premières victimes de ce climat de terreur : tous les classiques de la littérature sont réécrits, expurgés de ce qui risquerait de  » corrompre les esprits  » … La conscience de Stefan est tiraillée lorsqu’il découvre que son père cache un supposé terroriste… Et son esprit est troublé lorsqu’il se met à lire, pour la première fois, des livres interdits, dont il ne connaît que les versions  » officielles « . Une découverte bouleversante… Ce roman d’aventures haletant, aux multiples rebondissements, fait apparaître la lecture comme ce qu’elle est fondamentalement : un acte libérateur, mais aussi un acte de résistance.

Cette fois-ci j’ai plus accroché à ce roman en partie pour toutes les résonances qu’il a avec l’actualité. Ça se déroule dans un futur très très proche : les adultes du roman se souviennent de notre époque à nous. Mais ils vivent sous un gouvernement hyper sécuritaire qui se sert des attaques terroristes pour justifier la surveillance de la population et la privation des libertés des citoyens. Et je pense que si on n’y prête pas attention, on pourrait vivre sous un état semblable dans une poignée d’années. Si elle le souhaite, je prêterai ce livre à une copine qui a du mal à comprendre les problèmes que pose la prolongation de l’Etat d’urgence, parce qu’il met assez bien en garde contre ses dérives.

Ce roman m’a aussi rappelé un des rôles de la littérature : nous cultiver, nous aider à développer nos propres opinions, les confronter à d’autres opinions en lisant d’autres livres, les affiner, les remettre en question. Plus on fera circuler toutes ces opinions différentes, plus on s’ouvrira à elles, moins on sera manipulables, je crois. Dans Black-Out il y a déjà plusieurs opinions qui se confrontent dont certaines avec lesquelles je ne suis pas entièrement d’accord. Et c’est une chose que j’ai apprécié aussi, que le roman ne soit pas univoque.

Entre mes 15 ans et maintenant j’ai lu 1984, Sa majesté des mouches, l’Attrape-cœurs et c’est peut-être parce que maintenant j’avais ces références que j’ai pu mieux apprécier le roman. Bien sûr quelqu’un qui ne les a pas lu peut lire Black-Out, mais je voulais mettre l’accent sur cette intertextualité comme on dit dans les études de lettres, pour rappeler qu’un roman jeunesse peut avoir une réelle valeur littéraire.

Ça va les chevilles ?

Je suis pour que les gens apprennent à s’aimer eux-mêmes, parce que la vie est plus supportable quand on a de l’amour pour soi. Je pense que ça s’apprend notamment en se complimentant tout.e seul.e : il faudrait apprendre à reconnaître nos qualités et à les accepter.

Le problème c’est qu’on ne peut pas dire quelque chose de positif sur soi sans qu’on vienne nous répondre « Ça va les chevilles ? » ou « Et modeste avec ça. » Je ne sais pas pourquoi c’est mal vu de dire du bien de soi, en réalité. Quelqu’un qui se complimente est juste en train de se faire du bien, de renforcer sa confiance en soi, en quelques secondes seulement et sans blesser autrui. Quelqu’un qui nous reproche de ne pas être assez modeste ne se fait pas du bien à lui même et peut blesser autrui insidieusement en nous apprenant à ne pas nous considérer, ou nous aimer. Le plus incohérent c’est qu’on montre également du doigt la « fausse-modestie » alors que c’est le comportement qu’on nous apprend à avoir en nous reprochant de ne pas être assez modeste. En plus, je pense que ça véhicule une mauvaise notion de la modestie.

Mon prof de philo du lycée nous avait donné une définition de la modestie que j’aime bien : être modeste c’est s’estimer tel que l’on est. Ce n’est pas se surestimer ni se sous-estimer, c’est se voir et se considérer tel que l’on est. Du coup, se complimenter, du moment que c’est lucide, ce n’est pas forcément se vanter, ce n’est pas forcément orgueilleux. Dire « Je suis belle », ça peut être modeste.

Du coup, oui, mes chevilles, ça va, merci.

 

Pour un entretien avec les L5

A toi qui pense qu’on est pas si harcelées que ça dans la rue. Je te propose quelque chose. A toi qui n’est pas convaincu par les témoignages d’inconnues sur internet, peut-être peux-tu te faire une idée de la réalité auprès de personnes que tu connais, en qui tu as confiance, des personnes dont tu sais qu’elles ne sont pas des féministes enragées. Une femme de ta vie, ou toutes les femmes de ta vie si tu veux.

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 Voici des questions que tu pourrais leur poser :

T’es-tu déjà faite siffler dans la rue ?

Un conducteur a-t-il déjà ralenti en passant à ton niveau pour te reluquer ?

T’a-t-on déjà insultée à ton passage gratuitement ?

T’a-t-on déjà lancé des ordures dessus ?

T’a-t-on déjà suivie ?

T’a-t-on déjà abordée ? A-t-on déjà insisté après que tu as fait comprendre que tu n’étais pas disponible pour discuter ?

Un inconnu a-t-il déjà posé sa main sur ton épaule dès le premier contact ? Ton bras ? Ta main ? Tes hanches ? Ton dos ? Tes fesses ?

Un inconnu a-t-il déjà essayé de t’embrasser ?

Un inconnu a-t-il déjà essayé de t’acculer dans un coin ?

Un inconnu a-t-il déjà  essayé de te faire peur ?

Un inconnu a-t-il déjà  essayé de t’immobiliser pour te faire du mal ?

As-tu peur dans la rue ?

Fais  le  compte des réponses positives et rends-toi compte par toi-même de la réalité du harcèlement de rue.

Pourquoi c’est chiant que tu nous parles tout le temps de ta bite

Avant, les blagues de cul, les « BITE LOL » et autre « titre », ça me gênait, mais pas trop non plus. Ça me gênait juste assez pour savoir que je n’aimais pas ça, que je n’aimais pas qu’on déforme mes propos pour y mettre des sous-entendus salaces, mais ça ne me gênait pas assez pour que je me sente le droit de demander à ce qu’on arrête ce genre d’humour avec moi. Après tout si ça ne me fait pas rire moi c’est pas très grave, si ça fait rire les autres.

Et puis il y a eu la journée de visibilité des asexuel.les et j’ai compris que ça me dérangeait plus profondément que ça, en fait. Ce jour-là sur Twitter j’ai pu lire plusieurs témoignages de personnes asexuelles dont une (que je n’ai pas réussi à retrouver, désolée) qui expliquait que l’injonction au sexe est partout et agit comme une oppression pour les personnes qui ne pratiquent pas/ne veulent pas pratiquer le sexe.

Le sexe est partout : dans les pubs, à la radio, à la télé, dans les magazines, dans les faits-divers, dans la musique, dans les clips, dans nos livres et nos films et nos séries, il y a même des allusions sexuelles dans les programmes pour les enfants ! Et il est aussi dans nos conversations, dans nos blagues. Le sexe est omniprésent dans notre société. On en entend parler tous les jours, plusieurs fois par jour. On vit dans une société qui nous laisse penser que c’est normal d’avoir des relations sexuelles. On vit dans une société qui nous laisse penser que c’est anormal de ne pas en avoir.

Vous n’avez plus mon consentement pour détourner mes propos pour en faire des sous-entendus salaces. Vous n’avez plus mon consentement pour me dire « titre de ta sextape ». Vous n’avez plus mon consentement pour me répondre « comme ma bite ».

Je n’ai plus envie de me sentir moins bien que vous parce que je ne comprends pas une blague de cul, parce que mon manque de pratique fait que je n’ai pas la ref, tandis que j’ai l’impression que vous étalez vos frasques. Je n’ai plus envie de ressentir mon manque d’expérience comme un retard sur vous. Je veux que vous considériez comme normal le fait que je refuse que vous fassiez des suppositions, même au second degré, même sans y croire vous-mêmes, sur ma sexualité, parce que je n’ai pas envie d’avoir à comparer ma sexualité avec la sexualité que vous croyez que j’ai, la sexualité que la société pense que je devrais avoir.

Premières lectures d’Emmanuel Carrère

Il y a quelques semaines, une de mes profs nous avait parlé de D’autres vies que la mienne d’Emmanuel Carrère en nous disant que cette lecture avait marqué toutes les personnes à qui elle l’avait déjà conseillée. C’était pendant un cours sur les difficultés pour un écrivain d’écrire la biographie d’un autre : le manque de sources, les témoignages subjectifs, lacunaires, mensongers, non-chronologiques, etc. Elle nous a dit que Carrère était au Sri-Lanka en 2004 lors du tsunami. Qu’un couple d’ami.es rencontré.es là-bas ont perdu leur petite fille dans la tragédie, qu’en rentrant en France sa belle-sœur mourut d’un cancer, et qu’il avait décidé d’écrire l’histoire de ces personnes. La prof nous a dit que ces biographies (puisqu’il y a plusieurs vies racontées dans le même livre) étaient écrites de manière intéressante puisque Carrère n’a pas voulu prendre un point de vue d’un faux narrateur externe qui donnerait les faits de manière objective mais il prend son propre point de vue d’écrivain. Il raconte sa vie en racontant celle des autres, il raconte à la fois les entretiens avec les personnes qui témoignaient et les témoignages en eux-mêmes, il raconte comment il écrivit en écrivant. C’est quelque part un roman sur le travail d’un biographe autant que sur les biographies racontées.

L’enthousiasme de ma prof, le fait qu’elle nous ait dit qu’on ne sortait pas indifférent de cette lecture, le sujet fort et l’angle particulier m’ont vraiment donné envie de le lire, je l’ai acheté le lundi suivant, commencé le mardi, pour le finir le jeudi.

A quelques mois d’intervalle, la vie m’a rendu témoin des deux événements qui me font le plus peur au monde : la mort d’un enfant pour ses parents, celle d’une jeune femme pour ses enfants et son mari.
Quelqu’un m’a dit alors : tu es écrivain, pourquoi n’écris-tu pas notre histoire ?
C’était une commande, je l’ai acceptée. C’est ainsi que je me suis retrouvé à raconter l’amitié entre un homme et une femme, tous deux rescapés d’un cancer, tous deux boiteux et tous deux juges, qui s’occupaient d’affaires de surendettement au tribunal d’instance de Vienne (Isère).
Il est question dans ce livre de vie et de mort, de maladie, d’extrême pauvreté, de justice et surtout d’amour.
Tout y est vrai.

C’est le genre de lecture dont on ne peut pas parler juste après avoir fini le livre. En tout cas moi je n’y arrivais pas. Je disais que j’étais bouleversée parce que c’était le seul mot qui me venait sur le moment mais en même temps, ce mot ne me convenait pas, ce n’était pas tout à fait ça. Quelque part ce livre m’a laissé sans voix. Pourtant j’ai tout de suite eu envie d’en parler parce que je trouve qu’il mérite d’être découvert. Il est vraiment émouvant, j’ai ressenti une énorme empathie avec tous les protagonistes, je l’ai trouvé très honnête dans l’intimité (ergh j’ai l’air idiote de dire ça comme ça).

« Il est question dans ce livre de vie et de mort, de maladie, d’extrême pauvreté, de justice et surtout d’amour. »

C’est exactement ça.

Un mot sur la justice : j’ai été agréablement surprise de voir que je ne m’emmerdais pas pendant les passages de droit, de tribunal, de juges etc. Moi qui n’ai pas beaucoup de notions en droit j’ai eu l’impression de tout comprendre. Avant je pensais que le droit c’était chiant et rébarbatif et qu’on appliquait la loi sans l’interpréter, mais grâce à ce récit j’ai compris que ça pouvait être très intéressant et même qu’un juge pouvait être de gauche. C’est peut-être pas le moment du livre qui vend le plus de rêve mais c’est un moment que je retiens.

C’est un livre qui parle du deuil, des gens qu’on laisse derrière soi quand on meurt. C’était la première fois que je réfléchissais à ma propre mort dans ce sens-là. Je me demande s’il ne faut pas préparer le deuil des autres pendant qu’on est encore vivant. Ca m’a permis aussi d’aborder ce sujet avec ma famille et de leur dire ce que je voudrais qu’on fasse de mon corps, et de leur demander aussi. C’est sinistre comme sujet de conversation mais je crois qu’il vaut mieux en parler pour ne pas que ceux qui restent aient de doutes au moment où il faudra prendre des décisions.

Toute retournée par cette première lecture de Carrère, j’ai enchaîné avec la lecture de L’Adversaire. On m’en avait déjà parlé plusieurs fois sans que je ne me décide à le lire. Carrère fait la biographie de Jean-Claude Romand.

Le 9 janvier 1993, Jean-Claude Romand a tué sa femme, ses enfants, ses parents, puis tenté, mais en vain, de se tuer lui-même. L’enquête a révélé qu’il n’était pas médecin comme il le prétendait et, chose plus difficile encore à croire, qu’il n’était rien d’autre. Il mentait depuis dix-huit ans, et ce mensonge ne recouvrait rien. Près d’être découvert, il a préféré supprimer ceux dont il ne pouvait supporter le regard. Il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.
Je suis entré en relation avec lui, j’ai assisté à son procès. J’ai essayé de raconter précisément, jour après jour, cette vie de solitude, d’imposture et d’absence. D’imaginer ce qui tournait dans sa tête au long des heures vides, sans projet ni témoin, qu’il était supposé passer à son travail et passait en réalité sur des parkings d’autoroute ou dans les forêts du Jura. De comprendre, enfin, ce qui dans une expérience humaine aussi extrême m’a touché de si près et touche, je crois, chacun d’entre nous.

J’ai moins aimé ce livre que D’autres vies que la mienne mais je le conseille quand même, il est loin d’être mauvais, et il est intéressant même si je me suis sentie coupable de m’intéresser à un fait divers sordide. J’ai eu une sensation de faire du voyeurisme en lisant ce livre.

Dans beaucoup de fictions on nous montre les dégâts causés lorsque des mensonges sont révélés, dans ce récit il y a toute une partie où on nous montre les dégâts causés lorsqu’un mensonge n’est jamais révélé. C’est en ça que j’ai trouvé ce livre différent et vraiment intéressant. Il y a une part incroyable aussi, cette histoire n’est tellement pas vraisemblable ! J’ai réellement eu du mal à croire que le destin d’un homme puisse lui éviter pendant si longtemps la révélation de la vérité. Cette histoire pourrait servir d’exemple pour expliquer à des étudiants en lettres la différence entre le possible et le vraisemblable.

Avec ces deux romans j’ai découvert un auteur qui prend parti (le sien) et même si je ne partage pas sa vision du monde, je le trouve parfois cynique, il reste très agréable à lire et ses sujets nous remuent, c’est pourquoi ce sont des textes que j’ai envie de défendre et de faire découvrir.